le masque africain au Burkina Faso

 

LE MASQUE AFRICAIN AU BURKINA FASO ET LEURS FONCTIONS DANS LES SOCIETES AFRICAINES

 

 

Dans un grand nombre de sociétés humaines, en Europe, en Asie, aux Amériques, comme en Afrique et en Océanie, le masque est universellement connu. En Afrique noire, il l’est aussi depuis la nuit des temps : on le trouve déjà représenté dans certaines peintures pariétales du Tassili, en Algérie, témoignant d’une époque pendant laquelle le Sahara Oriental était encore habité par des populations noires, ou du Tibesti et de l’Ennedi au Tchad. Dans la majeure partie du continent africain, le masque africain reste encore de nos jours l’une des expressions privilégiées qui a donné lieu à une impressionnante variété de formes, de matériaux et de styles. C’est surtout dans la période coloniale que l’Europe a découvert le masque africain et l’a abondamment exporté dans ses galeries et ses musées, en ne considérant le plus souvent que sa tête en bois sculpté et en le mutilant du reste de son costume. La découverte du masque africain par quelques intellectuels et artistes européens au début du XXème siècle a joué cependant un rôle très important dans l’histoire de l’art moderne. Par projection de sa vision de l’art sculptural, l’Occident a donc surtout considéré le masque africain dans sa dimension esthétique et artistique plutôt que dans sa fonctionnalité au sein de la société qui le crée et qui l’utilise dans un ensemble d’actes sacramentels qui assurent son équilibre, objet d’une perpétuelle quête. En Afrique de l’Ouest il est un pays particulièrement riche en masques spectaculaires, c’est le Burkina Faso. A partir de l’exemple du Burkina Faso, nous évoquerons les différentes fonctions du masque en Afrique. Les exemples donnés peuvent se retrouver dans chacune d’entre elles car les masques ont le plus souvent plusieurs fonctions dans la société. De toutes les formes de relations que l’homme entretient avec lui-même, avec ses semblables ou avec le monde, il n’en est pas une à laquelle le masque n’ait servi.

 

 

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statue Bamiliké

 

 

 

 

La fonction liturgique

 

 

Le masque africain est toujours perçu comme un être sacré, d’essence divine. C’est la vision cartésienne des choses apportée par l’Occident qui fait qu’il est aujourd’hui perçu comme une chose. Nous nous conformerons par commodité à cette vision. Le masque est dans les sociétés qui l’emploient un réceptacle d’une puissance invisible. Il est à ce titre capable d’aider l’homme dans ses différentes quêtes de la vie. C’est dans ce sens que le masque est avant tout une puissance tout court, ce qui explique son emploi comme autel. Il peut en effet recevoir des sacrifices en sang et en nature. Pour toutes ces raisons, le masque est craint et respecté, ce qui justifie sa sacralité.

 

 

La fonction éducative

 

 

La personnalité et l’emploi du masque ont une signification très particulière. Les nombreux interdits qui l’entourent rendent également complexe sa connaissance. C’est pourquoi, dans les sociétés qui l’emploient, des rites sont organisés qui introduisent à sa compréhension. C’est notamment par l’initiation ou « école de brousse », que les significations du masque sont enseignées au groupe de ceux qu’on appelle « les initiés ». Dans les écoles des masques, l’initiation a une ou plusieurs étapes et varie d’un groupe social à l’autre. Au Burkina Faso, le savoir sur les masques chez les Mooré (Moose, Mossi), les Nuni (Nunuma, Gurunsi), les Bwamu (Bobo-Wule, Bwa) est dispensé aux jeunes initiés en une seule fois. Chez les Bobo Madare (Bobo-Fing, Bobo), l’initiation au culte des masques se déroule en deux étapes correspondant à des niveaux différents d’enseignement. Chez tous ces peuples, au cours de l’initiation, selon les différents degrés d’un enseignement qui s’élève, on dispense les connaissances touchant les origines des masques, les interdits, les cycles de sorties périodiques, les recettes pratiques sur la préparation des couleurs, des fibres, des tuniques, touchant l’endurance physique et morale, etc. L’initiation aux masques est une véritable socialisation de l’individu dans sa société.

 

 

La fonction ludique

 

Le caractère ludique du masque est le paradoxe d’une tentative de replacer ce dernier dans une dimension essentiellement fonctionnaliste. Toutefois, à ses origines, le masque est associé à la danse, à la fête, donc au jeu. Le masque est porté au cours de sorties de danses. En reproduisant les origines des masques (car au début l’homme rencontre le masque comme un être étrange le fascinant par ses danses spectaculaires), l’homme ne fait que perpétuer la tradition. C’est pourquoi, parmi les masques des Nuni (Nunuma, Gurunsi), on trouve le groupe des « bwana-wané », c’est-à-dire les masques de jeu ou masques de distraction, par opposition aux masques sacrés dits masques anciens ou « wankr » en nuni. Ceux-ci ne sortent qu’à des moments importants. Ce qui est intéressant dans cette fonction, c’est que les « bwana-wané » sont le prétexte pour créer toujours de nouveaux masques. Ce qui nous autorise à penser que la fonction ludique du masque est le terrain fertile de la créativité. En effet, si l’on interdit toute modification des masques anciens (« wankr »), les masques « bwana-wané » sont des créations renouvelées par les jeunes gens qui sont les principaux porteurs des masques. Toutefois, cette possibilité d’invention ne doit pas être la porte ouverte à la déviance ou au désordre : on créera toujours à l’intérieur d’un styles propre au groupe ; autrement dit, cette création reste étroitement contrôlée par les Anciens, garants des traditions plastiques du groupe.

 

 

 

Bouclier Bamiliké
Notre ami Daniel avec un Bouclier Bamiliké  » cameroun  »

 

 

 

www.art-sevensun.com


Archive pour 22 mars, 2008

le masque africain au Burkina Faso

 

LE MASQUE AFRICAIN AU BURKINA FASO ET LEURS FONCTIONS DANS LES SOCIETES AFRICAINES

 

 

Dans un grand nombre de sociétés humaines, en Europe, en Asie, aux Amériques, comme en Afrique et en Océanie, le masque est universellement connu. En Afrique noire, il l’est aussi depuis la nuit des temps : on le trouve déjà représenté dans certaines peintures pariétales du Tassili, en Algérie, témoignant d’une époque pendant laquelle le Sahara Oriental était encore habité par des populations noires, ou du Tibesti et de l’Ennedi au Tchad. Dans la majeure partie du continent africain, le masque africain reste encore de nos jours l’une des expressions privilégiées qui a donné lieu à une impressionnante variété de formes, de matériaux et de styles. C’est surtout dans la période coloniale que l’Europe a découvert le masque africain et l’a abondamment exporté dans ses galeries et ses musées, en ne considérant le plus souvent que sa tête en bois sculpté et en le mutilant du reste de son costume. La découverte du masque africain par quelques intellectuels et artistes européens au début du XXème siècle a joué cependant un rôle très important dans l’histoire de l’art moderne. Par projection de sa vision de l’art sculptural, l’Occident a donc surtout considéré le masque africain dans sa dimension esthétique et artistique plutôt que dans sa fonctionnalité au sein de la société qui le crée et qui l’utilise dans un ensemble d’actes sacramentels qui assurent son équilibre, objet d’une perpétuelle quête. En Afrique de l’Ouest il est un pays particulièrement riche en masques spectaculaires, c’est le Burkina Faso. A partir de l’exemple du Burkina Faso, nous évoquerons les différentes fonctions du masque en Afrique. Les exemples donnés peuvent se retrouver dans chacune d’entre elles car les masques ont le plus souvent plusieurs fonctions dans la société. De toutes les formes de relations que l’homme entretient avec lui-même, avec ses semblables ou avec le monde, il n’en est pas une à laquelle le masque n’ait servi.

 

 

7904scd.jpg 842fscd.jpg

statue Bamiliké

 

 

 

 

La fonction liturgique

 

 

Le masque africain est toujours perçu comme un être sacré, d’essence divine. C’est la vision cartésienne des choses apportée par l’Occident qui fait qu’il est aujourd’hui perçu comme une chose. Nous nous conformerons par commodité à cette vision. Le masque est dans les sociétés qui l’emploient un réceptacle d’une puissance invisible. Il est à ce titre capable d’aider l’homme dans ses différentes quêtes de la vie. C’est dans ce sens que le masque est avant tout une puissance tout court, ce qui explique son emploi comme autel. Il peut en effet recevoir des sacrifices en sang et en nature. Pour toutes ces raisons, le masque est craint et respecté, ce qui justifie sa sacralité.

 

 

La fonction éducative

 

 

La personnalité et l’emploi du masque ont une signification très particulière. Les nombreux interdits qui l’entourent rendent également complexe sa connaissance. C’est pourquoi, dans les sociétés qui l’emploient, des rites sont organisés qui introduisent à sa compréhension. C’est notamment par l’initiation ou « école de brousse », que les significations du masque sont enseignées au groupe de ceux qu’on appelle « les initiés ». Dans les écoles des masques, l’initiation a une ou plusieurs étapes et varie d’un groupe social à l’autre. Au Burkina Faso, le savoir sur les masques chez les Mooré (Moose, Mossi), les Nuni (Nunuma, Gurunsi), les Bwamu (Bobo-Wule, Bwa) est dispensé aux jeunes initiés en une seule fois. Chez les Bobo Madare (Bobo-Fing, Bobo), l’initiation au culte des masques se déroule en deux étapes correspondant à des niveaux différents d’enseignement. Chez tous ces peuples, au cours de l’initiation, selon les différents degrés d’un enseignement qui s’élève, on dispense les connaissances touchant les origines des masques, les interdits, les cycles de sorties périodiques, les recettes pratiques sur la préparation des couleurs, des fibres, des tuniques, touchant l’endurance physique et morale, etc. L’initiation aux masques est une véritable socialisation de l’individu dans sa société.

 

 

La fonction ludique

 

Le caractère ludique du masque est le paradoxe d’une tentative de replacer ce dernier dans une dimension essentiellement fonctionnaliste. Toutefois, à ses origines, le masque est associé à la danse, à la fête, donc au jeu. Le masque est porté au cours de sorties de danses. En reproduisant les origines des masques (car au début l’homme rencontre le masque comme un être étrange le fascinant par ses danses spectaculaires), l’homme ne fait que perpétuer la tradition. C’est pourquoi, parmi les masques des Nuni (Nunuma, Gurunsi), on trouve le groupe des « bwana-wané », c’est-à-dire les masques de jeu ou masques de distraction, par opposition aux masques sacrés dits masques anciens ou « wankr » en nuni. Ceux-ci ne sortent qu’à des moments importants. Ce qui est intéressant dans cette fonction, c’est que les « bwana-wané » sont le prétexte pour créer toujours de nouveaux masques. Ce qui nous autorise à penser que la fonction ludique du masque est le terrain fertile de la créativité. En effet, si l’on interdit toute modification des masques anciens (« wankr »), les masques « bwana-wané » sont des créations renouvelées par les jeunes gens qui sont les principaux porteurs des masques. Toutefois, cette possibilité d’invention ne doit pas être la porte ouverte à la déviance ou au désordre : on créera toujours à l’intérieur d’un styles propre au groupe ; autrement dit, cette création reste étroitement contrôlée par les Anciens, garants des traditions plastiques du groupe.

 

 

 

Bouclier Bamiliké
Notre ami Daniel avec un Bouclier Bamiliké  » cameroun  »

 

 

 

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