focus sur le fléau de l’ excision

Excision : paradoxale Egypte

 

 

A l’occasion de la journée mondiale de la Femme, focus sur le fléau de l’excision, qui ravage une Egypte qui s’affiche pourtant volontaire.

Le chiffre dérange et il est souvent farouchement contesté. Depuis plusieurs années, les différentes études sur la pratique de l’excision chiffraient à 97% le nombre d’Egyptiennes excisées. Un taux hallucinant qui émanait pourtant d’une étude officielle, menée en 1997 par le Conseil national de la Population. L’année dernière, l’Unicef a publié un rapport très attendu, se basant lui sur une enquête menée en 2005. La gravité des résultats se mesure au sérieux de l’étude, menée systématiquement auprès de 20.000 femmes âgées de 15 à 49 ans et issues d’horizons sociaux, géographiques et religieux les plus divers. Toutes catégories confondues, le taux de femmes excisées atteint 95,8%.

 

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Fléau de l’excision (photo A.SJ)

Toujours plus de 89% S’il existe de criantes différences selon les indicateurs sociaux et géographiques, ce taux ne descend jamais en dessous des 89%. En régions rurales, le nombre de femmes excisées est estimé à 98,3%, contre 92,2% dans les villes. Cette différence trouve son reflet quasi parfait dans le niveau d’éducation des femmes : chez celles qui n’ont bénéficié d’aucun cursus scolaire, 98,4% sont excisées, contre 92,2% pour celles qui ont eu accès à des études secondaires ou supérieures. Volontairement ou non, l’étude ne mentionne jamais la confession des femmes, certainement parce que le taux global de presque 96% suffit à prouver que l’excision est une pratique bien au-dessus des différences religieuses.

Perspectives d’espoir? Seule fenêtre d’espoir dans ce rapport d’une dizaine de pages, le taux de femmes se déclarant favorables à une poursuite de l’excision : entre 1995 et 2005, il est passé de 82 à 68%. Une baisse remarquable, qui laisse espérer que les prochaines générations de femmes seront moins touchées, si les autorités politiques, religieuses et sanitaires travaillent dans ce sens.

Réveil tardif L’histoire récente révèle une attitude des plus paradoxales. Mises à part quelques voix esseulées, comme celles des féministes Maria Assab ou Nawal al Saadawi, l’excision n’entre dans le débat public égyptien que très tardivement et de façon un peu forcée.

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En 1994, Le Caire accueille la conférence de l’ONU sur la population. Une équipe de CNN en profite pour diffuser un reportage montrant l’excision d’une fillette. La vidéo fait scandale et les premières actions sont prises. Dès 1994, la médicalisation est légalisée : en autorisant les médecins à pratiquer l’excision, les autorités sanitaires espèrent endiguer les nombreuses séquelles – parfois mortelles – liées à cette pratique. Mais cette décision revenait surtout à légaliser l’excision. Il faudra attendre 1997 et de nombreux revirements pour que l’excision soit définitivement interdite dans les hôpitaux du pays. Parallèlement, de nombreuses ONG égyptiennes de défense des Droits de la Femmes s’emparent du dossier. Suzanne Moubarak s’y investit même personnellement, à travers le Conseil National pour l’Enfance et la Maternité. De son côté, et malgré un débat interne des plus houleux, El Azhar rejette officiellement toute justification religieuse. L’autorité sunnite suprême va jusqu’à publier un manuel expliquant le fondement non islamique de l’excision.

L’Egypte à la traîne A première vue très volontaire, cette politique contradictoire : pays berceau de l’excision et parmi les plus touchés, l’Egypte tergiverse. En 2003, le protocole de Maputo est adopté par l’Union africaine. Ce texte de loi condamne l’excision et toutes formes de mutilations génitales féminines. Son entrée en vigueur est conditionnée à sa ratification par au moins 15 pays membres de l’Union. Cette étape est franchie en 2005. Pourtant, l’Egypte reste à la traîne : à l’heure actuelle, 41 pays africains ont signé le protocole et 20 l’ont ratifié. L’Egypte n’en fait toujours pas partie.

TOUT SAVOIR – Maputo: Le protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatif aux droits des femmes Une pratique sans âge, au-delà des religions

carte excisionSi l’Islam évoque l’excision, ce n’est pas pour la justifier, encore moins pour la recommander. En 2005, l’université El-Azhar publie un document et souligne un hadith (propos rapportés du prophète, utilisés comme source de loi islamique en complément du Coran et de la sunna – la tradition islamique de l’époque prophétique) dans lequel le prophète Mohamed, qui rencontre une exciseuse à l’oeuvre, s’étonne de cette pratique et lui conseille d’en “faire un minimum”. Il est d’ailleurs clairement établi que le prophète lui-même n’a jamais fait exciser ses propres filles.

Plus coutumière que religieuse Malgré cette négation formelle de la part de l’autorité suprême sunnite, l’excision est encore très souvent justifiée, à tord, pas des raisons religieuses. Pourtant, dans les pays où elle est pratiquée, l’excision touche sans distinction femmes musulmanes, chrétiennes ou d’autres confessions. Preuve supplémentaire que l’excision n’est en aucun cas liée à l’Islam, des pays islamiques comme l’Arabie Saoudite, le Pakistan ou l’Iran ne connaissent pas cette pratique.

Depuis l’Antiquité L’excision remonterait bien avant l’ère prophétique. Sa forme la plus dure, qui consiste en une ablation des parties génitales externes et à la suture des lèvres, est encore appelée « infibulation pharaonique ». Certains chercheurs estiment en effet que cette pratique remonte à l’Antiquité. Liée aux rites de passage à l’âge adulte et à de sombres concepts de pureté, l’excision aurait été un moyen de s’assurer de la fidélité des femmes, notamment à l’époque des longues campagnes militaires. Certainement propagée par les caravanes et les grandes conquêtes arabes, la pratique de l’excision se retrouve aujourd’hui dans deux régions du monde : en Afrique de l’est (d’Egypte à la corne de l’Afrique) et dans l’ouest subsaharien (région du Mali, de la Guinée…).

 

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