L’art et le symbolisme dans la littérature orale 1 à 9

F. Les études de contenus [haut]
L’étude des contenus, note Frank Alvarez-Pereyre, passe par les travaux charnières de Mme Calame-Griaule (18). Les faits de littérature orale forment un complexe d’éléments dont il faut définir les structurations, les hiérarchies et les significations en tenant compte de toutes les contraintes en jeu- quelles soient- linguistiques, rhétoriques, stylistiques, ethnosociologiques, ou sémantiques. Les usagers constituent des systèmes de normes idéologiques. Dans ce contexte, les multiples facteurs en jeu, les faits de littérature orale peuvent nous éclairer, selon qu’on se place du point de vue de la société ou de celui du chercheur. Parmi les études de contes citons les travaux de Görög-Karady, V (19 ) et Lacoste-Dujardin (20 ). Ces études s’attachent aux types de corpus, aux objectifs méthodologiques employés. On remarque une place importante réservée aux contes. Les mythes occupent également une place appréciable. Les études de Mme Christiane Seydou concernent La Devise peul, tandis que les travaux de Diouldé Laya portent sur Zamu ou poèmes sur les noms. A. Boucharlat a consacré une étude sur Les Devinettes du Rwanda ; Faïk-Nzuji M a par ailleurs fait une étude sur Les Devinettes tonales Tusumwinu. Notons enfin une étude relative aux ballades et poèmes bretons avec Laurent D, 1971 et Labatut, 1974). De façon générale, les objectifs des études de contenus, veulent essentiellement rendre compte d’un genre spécifique, et en même temps comparer des textes entre eux, à l’intérieur d’une même culture ou d’une culture à l’autre ; la recherche désire aussi dégager « seulement » le sens d’un texte ou d’une série de textes. Par ailleurs, les buts de ces études tendent à suivre le développement d’un thème, d’un objet, d’une pratique ou d’un personnage à travers un ou plusieurs textes. A cela, on peut ajouter des objectifs secondaires notamment l’étude de moyens inconscients propres à une culture ou la recherche d’universaux ; il en va de même pour l’étude de relations réciproques entre les récits et différents aspects de l’organisation sociale ; enfin seront faites des recherches dans le passé comme la généalogie politique d’un groupe humain.
Au niveau de l’option méthodologique, nous voyons que certaines études sont plus générales, d’autres plus circonscrites dans leurs implications. On rencontre même des concepts dont les conditions d’utilisation ne sont pas établies comme la vision du monde, les modèles culturels, ou le symbolisme. G. Calame-Griaule a proposé, et même définit la notion de vision du monde ; elle considère cette vision comme la façon dont une société interprète et analyse ce qui l’entoure. Calame-Griaule trouve que seule la méthode structurale peut permettre de la mettre vraiment en évidence. Quant à Frank Alvarez-Pereyre lui-même, il analyse cette notion dans un contexte plus dynamique à travers la notion de modèle culturel en faisant une réflexion explicite appliquée aux procédures. L’étude de plusieurs littératures repose sur une conception du symbolisme, de ses caractères et de ses voies d’approche. Cependant les études apparaissent plutôt comme la concrétisation de l’option théorique du symbolisme que comme un décorticage en règle de cette option. Ce qui peut amener une confusion entre option théorique et symbolisme à décrire.
Il faut étudier la façon dont on conçoit l’articulation de l’ensemble des niveaux mis en jeu dans les faits de littérature orale. Ce fait est surtout important pour les études ethnolinguistiques. En définitive, on peut se demander s’il faut tenir compte des propositions de Jolles dans Les Formes simples, ou s’il faut suivre les pistes suggérées par Molino, à propos du fait musical? Il y propose un découpage du message symbolique en trois niveaux selon sa production, sa réception et ses propriétés immanentes. D’après Molino, on ne peut s’en tenir seulement à des modèles régionaux de relations établies sur la base d’une description très minutieuse de leurs composantes. De même, la nécessité d’une étude sur les relations entre les divers champs symboliques, serait un fondement insuffisant.
Dumézil pense qu’il faut davantage développer une explication du texte ouverte à différentes perspectives où la linguistique, l’ethnologie, et l’histoire coexisteraient à propos de faits qui nécessitent à chaque fois un traitement particulier dans le cadre d’une entreprise où chaque élément isolé serait susceptible d’être éclairé, par des faits de classe équivalentes ou différentes ; ceux-ci étant issus de contextes géographiques et historiques différents(21 ). Claude Levi Strauss évoque ce problème dans la comparaison des mythes entre différents peuples. Il pense qu’il faut commencer par là, et demander à l’ethnographie du groupe ce qu’elle peut fournir; une fois ces ressources exploitées, d’autres efforts sont requis de la part de l’analyste, car ces mythes s’opposent à d’autres mythes et les contredisent. On aborde ainsi le champ du comparatisme. Quand il est objectif, ce qui est le cas dans certaines études de chercheurs, il devient aussi moyen dans l’élucidation du sens. Ces propositions sont valables et à quel prix? Le linguiste peut réfuter ce critère de validité pour la référence au statut paradigmatique et syntagmatique dans une autre langue. Le comparatisme est-il lié au postulat des universaux linguistiques, culturels ou plus généralement cognitifs ? Pour notre part, nous pensons qu’il est lié aux universaux culturels.
L’analyse des contenus ne correspond pas à la description des textes analysés, bien que cette description aiderait à l’analyse des contenus ; ce qui explique le statut toujours insatisfaisant des classifications disponibles jusqu’à maintenant. Il faut dire que sans description systématique, l’objet lui-même sur lequel on travaille échappe : comment classer alors un tel objet? A côté du caractère utilitaire de certaines classifications, il n’en reste pas moins vrai qu’on retrouve à leur sujet le caractère partiel relevé pour chaque type d’analyse ; s’agissant d’un type conçu soit comme exclusif soit comme devant s’intégrer dans un cadre plus systématique dont la définitive systématique, explicite manque pourtant.

G. Conclusion [haut]
Notre objectif nous pousse à nous pencher sur les points de la réflexion de Frank Alvarez-Pereyre, ce dernier étant guidé par le constant souci de regrouper et d’articuler certaines quantités de très nombreuses études, consacrées au champ de la littérature orale. D’autre part, l’auteur nous suggère que les études, surtout celles concernant des faits de littérature orale, se doivent d’intégrer une série d’analyses et de préoccupations. Il nous a ainsi permis de cerner les atouts qui semblent encore manquer dans les entreprises des chercheurs, à savoir le manque d’un cadre théorique explicite et homogène, ainsi que l’absence de toute description systématique cohérente et non équivoque des textes.

1). F. ALVAREZ-PEREYRE, « L’Etude des littératures orales : De quelques tendances et problèmes ». in Cahiers de Littérature Orale, N°7, 1980, pp. 170-207.
(2 ). F. ALVAREZ-PEREYRE, « L’étude des littératures orales : De quelques tendances et problèmes ». in Cahiers de Littérature Orale, N°7, 1980, p. 171.

(3). F. ALVAREZ-PEREYRE, Op cit, p.172

(4). cf. A. BENSA, J.C. RIVIERE, 1976. cité par F.ALVAREZ-PEREYRE

(5). cf. A. BENSA, J.C. RIVIERE, 1976. cité par F.ALVAREZ- PEREYRE., pp. 34-37 voir aussi F.ALVAREZ-PEREYRE, 1976, pp. 27-35

(6). G. CALAME-GRIAULE, « Pour une étude ethnolinguistique des littératures orales africaines », langages, N°18, Paris, Didier/ Larousse, PP… 22-47.

(7). D. REY-HULMAN,  » ‘L’invitation au conte africain’, ou l’évolution du conte tyokossi », in CALAME-GRIAULE, G. (éd), Langage et cultures culture africaines, Essais d’ethnolinguistique, Paris, Maspéro, Bibliothèque d’anthropologie), pp. 153-184.

(8). D. REY-HULMAN, « l’invitation au conte, ou l’évolution du conte Tyokossi », in CALAME-GRIAULE, G, (éd), Langage et cultures africaines, Essais d’ethnolinguistique, Maspéro (Bibliothèque d’Anthropologie), 1977, pp. 153-184.
(9). D. FABRE, et J. LACROIX, « Langue, texte et société; le plurilinguisme dans la littérature ethnique occitane », Ethnologie française, Tome 2, N°1-2, Paris, 1972, pp.. 43-66.
(10). J. E. MBOT, Ebughi bifia, « Démonter les expressions », Enonciation et situations sociales chez les Fang du Gabon, Paris, Mémoire de l’Institut d’ethnologie, XIII, Institut d’ethnologie, Musée de l’homme, 1975, 148 p.
(11).P PELENC, 1978 ce mémoire est une analyse synthétique d’ouvrages dont certains d’ailleurs ne sont pas exclusivement psychologique ou traitent de façon plus générale du symbolisme et de l’imaginaire, dans une optique psychologique: Baudoin, C, 1963 ; B Bettelheim, 1976, Berne, E, 1977; Erikson, E N, 1976; Freud, S 1965, Groddeck, G, 1969; Laing, R, 1970, Leia, 1948; Mabille, P, 1962; Mac Dougall, J, 1978; Rubin, G, 1977; Soriano, M, 1968; Franz, M. L. Von, 1978; wallon, H; 1942.
(12 ). J. FRIBOURG, et P. ROULON, « Litanie et expressivité », Journal de psychologie, Paris, N°3-4, 1976, pp.. 367-390.
(13). C. SEYDOU, « La devise dans la culture peule : évocation et invocation de la personne », in CALAME-GRIAULE, (éd), Langage et cultures africaines, Essais d’ethnolinguistique, Paris, Maspéro, Bibliothèque d’Anthropologie, 1977, pp.. 187-264.
(14). A. BOUCHARLAT, Le commencement de la sagesse, les devinettes au Rwanda, Paris, SELAF, Tradition orale n°14, 1975.

(15). cf G. CALAME-GRIAULE, « Pour une étude des gestes narratifs » in CALAME-GRIAULE G. (éd), Langage et culture africaine, Essais d’ethnolinguistique, Paris, Maspéro (Bibliothèque d’anthropologie), 1977, PP. 11-28
(16). A. JOLLES, Les Formes simples, 1972, Paris, Seuil, p. 15.
(17). C. TODOROV, « La hiérarchie des liens dans le récit », Sémiotica, III/2, Paris La Haye, Mouton, 1971, pp.. 121-139.

(18). cf. » Pour une étude ethnolinguistique des littératures orales africaines », langages, N°18, Paris, Didier/ Larousse, PP… 22-47. et « Pour une étude des gestes narratifs » in CALAME-GRIAULE G. (éd), langage et culture africaine, Essais d’ethnolinguistique, Paris, Maspéro (Bibliothèque d’anthropologie), 1977, PP. 11-28
(19). V GÖRÖG-KARADY, Noirs et blancs, leur image dans la littérature orale, Etude, Anthologie, Paris, Selaf, (Tradition Orale, N°23) 1976.
(20). C. LACOSTE-DUJARDIN, Le conte Kabyle, Etude ethnologique, Paris, Maspéro, 1970.

(21). cf. G. DUMEZIL, Mythe et épopée, 3 tomes, Paris NRF (Bibliothèque des sciences humaines), 1968, P. 25

 

Chapitre V. La pensée esthétique nègre

 

Une pensée nègre moderne s’est peu à peu édifiée, tirant son inspiration de sources diverses :

- les précurseurs noirs américains de la Négritude ;

- les écrivains de la Négritude ;

- les anthropologues qui représentent les courants les plus variés de l’esthétique classique, romantique, moderne, idéaliste, marxiste ;

- l’esthétique historique négro-africaine.

C’est au prix d’une libération progressive de ses servitudes passées et présentes que la pensée esthétique nègre est appelée à s’organiser pour affirmer, non pas en tant que système idéal, mais en tant que loi méthodologique, sur le plan de la théorie et sur celui de la pratique.

Deux tendances antagonistes influencent, et parfois perturbent, profondément la pensée esthétique nègre moderne, selon que l’on se place du point de vue des Africains eux-mêmes ou du point de vue des Non-Africains. Cette situation engendre une forme de réflexion dominée par la critique.

Le plan théorique du monde artistique négro-africain est si intimement engagé dans la vie qui le presse continuellement qu’il impose constamment des références méthodiques au domaine littéraire et au domaine philosophique. En un mot, il reste, de vivante et complexe, perméable à l’histoire de la culture nègre.

La critique esthétique des Négro-Africains a un caractère militant : cela vient du fait que les Africains ont, eux-mêmes, une conception de leurs valeurs culturelles qu’ils défendent polémiquement. Les non-Africains appliquent désespérément une critique académique qui oscille dans la distinction entre les arts de premier plan de type occidental et les arts de seconde zone, négro-Africains, rebelles à toute classification selon les canons académiques. Ceux-ci engendrent, dans la sphère esthétique occidentale, étrangère à l’Afrique, une critique académique qui présuppose une stabilisation abstraite du concept de l’art et ne peut pas rendre compte de la variété des formes artistiques. La critique académique engendre une grande diversité de la réflexion critique qui balance de façon antinomique entre une détermination concrète et une exigence d’universalité.

La situation de la pensée esthétique nègre moderne est pour le moment alarmante, face surtout à cette réalité que décrit C.A. Diop : » La personnalité culturelle du Noir est la plus délabrée de toutes, comparée à celles des autres ex-colonisés : ces derniers bénéficient, en général, d’un cadre culturel et d’une superstructure moins entamés, qu’il faut, souvent, recréer ici. La création d’une conscience collective nationale, sont le point de départ de toute action progressiste en Afrique noire. C’est le moyen de prévenir les diverses formes d’agressions culturelles. Seule, une révolution culturelle peut, maintenant, engendrer des changements qualificatifs notables. Celle-ci devra réveiller le colosse qui dort dans la conscience de chaque Africain  » .

 


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