art africain – les masques africains

 

L’art africain et les masques  » suite et fin « 

 

 

 

1.7. Le su nuna

E. BAYILI présente le su comme une tentative de récupération des forces de la brousse par le biais du secret des masques qui représentent les esprits, les forces vitales qu’ils possèdent et dont dépend la vie des êtres humains. O. NAO dit du su qu’il « est un esprit qui habite un objet qui est une figure sculptée et qui en fait une force, une puissance recherchée par l’homme « . Le su demeure la divinité représentée par le masque à qui on demande « de féconder les femmes afin de perpétuer la société, de maintenir la santé du village, d’enrichir les individus qui en font la demande « . Le su s’incarne dans les masques, figures sculptées, et foyers internes de la puissance, de la divinité. La figure de bois sculptée devient sacrée en tant qu’habitat du su et remplit la fonction d’autel de sacrifice. C’est pourquoi O. NAO dira plus tard du su qu’il désigne la dimension sacrée du masque.

2. Morphologies des masques

Deux parties peuvent être distinguées dans une sculpture, elles sont solidaires puisque les masques sont monoxyles. -La face. G. LE MOAL en fait la partie la plus significative. La représentation d’une face est un sujet qui offre un champ particulier à l’inspiration artistique. C’est ainsi qu’ailleurs, on peut voir desfaces zoomorphes, anthropomorphes, anthropozoomorphes, etc. Les sculpteurs san ont privilégié la zoomorphie. La face réalisée comporte des organes tels que les yeux, la bouche (gueule), etc. Le nez peut être totalement absent (il est rarement représenté). Les formes anthropomorphes ne sen traduisent pas par une interprétation élaborée des traits. C’est d’ailleurs ce pour quoi l’identification des organes de la face, nez et bouche, n’est pas aisée.

- Les attributs de la tête. Dans le cas d’un masque zoomorphe, aucun problème ne se pose, le masque possède tous les attributs de son modèle. Chaque masque ainsi réalisé se distingue par des éléments plus ou moins réalistes ou fidèlement reproduits. Cornes, oreilles… sont facilement reconnaissables. De tous les appendices qui ornent la tête, les cornes sont les plus fréquentes. Cependant, d’autres attributs attirent l’attention ne serait-ce que par leur aspect décoratif. Il s’agit de la lame, planche verticale se dressant au-dessus de la tête. Comme les cornes, la lame est taillée d’un seul tenant avec celle-ci. « Art of the Upper Volta Rivers » de C. ROY est la seule étude à notre connaissance qui prend en compte la quasi-totalité des sociétés détentrices de masques du Burkina Faso. Le livre est assez bien documenté. A partir d’une analyse comparative des styles de l’art du masque des populations, il définit trois grandes régions au Burkina Faso à partir desquelles nous fonderons notre analyse.

2.1. Les régions stylistiques

Trois vastes aires stylistiques ont été définies selon que les sculptures comportent ou non des motifs géométriques polychromes, et des cercles concentriques figurant les yeux. Ainsi, on a le style du Nord, le style de l’Ouest et le style du Centre. – le style du Nord. Il comprend les Moosé du nord, les Dogon et les Kurumba. Les masques sont pour nombre d’entre eux zoomorphes et se portent en loup. Ils sont presque tous surmontés d’une planche. Les Moosé du nord par exemple ignorent les masques simples. Ces objets sont ornés de motifs géométriques peints en noir, rouge et blanc. Les yeux ne sont pas représentés par des cercles concentriques.

- le style de l’Ouest. A l’intérieur de cet ensemble sont classés Bobo, Bolon, Senoufo et Tusyan. Les principaux caractères sont les arcades sourcilières saillantes et un nez fort et droit. Ici, ni les motifs géométriques, ni les cercles concentriques n’apparaissent sur les masques.

- le style du Centre. Cette aire stylistique est formée par les Moosé du sud, les « Gurunsi », les Marka et les Bwa. Les masques figurent des animaux dont l’antilope, le buffle et quelquefois des formes humaines. La décoration comprend des motifs géométriques polychromes et des cercles concentriques indiquant les yeux. Souvent surmontés d’une planche, ils sont portés en loup. Les danseurs sont toujours vêtus d’un costume de fibres.

2.2. Etude d’une région stylistique : le centre.

Nous disions que Moosé, Marka, Bwa et « Gurunsi » constituent cette région stylistique. Nous allons approcher de plus près les masques de chaque groupe.

- Les masques moosé.

Chez les Moosé, C. ROY dégage trois principaux styles avec, pour certains, des sous-styles. Le style du sud correspond à l’ancien royaume de Ouagadougou, celui du nord se divisant en trois sousstyles selon les royaumes du Yatenga, Risiam et Kaya, enfin le style de l’est dans la région de Bulsa. Le style qui fait partie intégrante de la région que nous étudions est celui du sud. Dans cette partie du pays moaga, on ne rencontre que des masques simples. O. NAO le note, lesn masques à lame sont ceux des populations du Yatenga, tandis que les masques simples appartiennent aux traditions des populations du sud. La plupart des masques représentent des animaux de façon plus ou moins abstraite ou stylisée. « Sur de nombreux masques les plans sont combinés de manière abrupte, et les caractères anatomiques de l’animal sont parfois si peu individualisés qu’il n’est reconnaissable que grâce à un détail que le sculpteur a accentué ». Les masques des mammifères sont généralement les plus individualisés. »Le masque antilope au museau long et fin, un peu pointu, porte de fines cornes de section ronde, en forme de « S », tandis que le bélier au museau lourd a d’épaisses cornes de section triangulaire en forme de croissant ». Le phacochère possède des défenses courbes. Les masques sont ornés de motifs géométriques peints en rouge, noir et blanc; les plus courant sont le rectangle et letriangle.

- Les masques marka.

Les masques marka selon C. ROY sont une synthèse de composantes stylistiques des peuples mandé apparentés du Mali, et de leurs voisins du Burkina Faso. Des Mandé, ils ont gardé le visage ovale aux joues plates, et le « T » formé par l’intersection du nez et des arcades sourcillières. Les yeux, petits et carrés, sont placés dans l’angle du « T ». Les oreilles, grandes, sont disposées horizontalement. La bouche protubérante avance au dessus d’une barbe large et triangulaire. Le visage est surmonté d’une crête incurvée vers l’arrière comportant souvent de courtes planchettes dentelées, des croissants ou des cornes qu’encadre une forme animale. A leurs voisins, les Marka ont emprunté les motifs géométriques comprenant des triangles, des chevrons, des damiers et des cercles concentriques pour matérialiser les yeux. Les Marka possèdent d’autres masques zoomorphes semblables à ceux de leurs voisins Nuna et Bwaba.

- les Bwa

Dans le Bwamu (pays de Bwa), les masques en bois sont uniquement utilisés dans le sud-est par les Dako et les Kademba. Sur le plan des formes des Nwamba (masque de bois sculpté), chaque groupe constitue un style. Chez les Kademba, on rencontre davantage de formes zoomorphes qu’anthropomorphes. Les animaux représentés sont l’antilope, le phacochère, le buffle, le singe, le crocodile, le serpent, le poisson, l’oiseau, etc. Les masques simples, figuratifs, portent généralement le nom de l’animal. Les différents animaux se distinguent surtout par les attributs de la tête notamment les cornes. L’antilope et le buffle, se reconnaissent à leurs cornes. Il en est ainsi pour le crocodile dont le corps réaliste est strié d’écailles. La face des masques comporte un museau plus ou moins long, dont le mufle s’ouvre en triangle et des yeux en cercles concentriques. L’oiseau et les papillons sont plus abstraits. Ils sont faits d’une planche portée horizontalement devant le visage. Les masques à lame sont abstraits , ils représentent les esprits. Le visage presque plat, rond ou oval, est surmonté d’une longue planche rectangulaire orné de motifs géométriques peints en noir, blanc et rouge. La bouche protubérante et évidée sert de champ de vision au porteur, celle-ci peut être ronde ou avoir une forme losangique. Souvent, entre le visage et la planche, un losange supporte une corne tournée vers le bas. Les lames présentent deux rythmes : elles sont soit « continues », c’est-à-dire droites et ne rencontrant aucun accident, soit « coupées ». Dans ce dernier cas, la coupure peut être « discrète » ou « nette ». On note quelque fois que les lames se terminent par un large croissant lunaire avec les pointes tournées vers le haut. Des motifs géométriques couvrent les masques; ce sont des cercles concentriques, des damiers, des croissants, des triangles, des losanges, etc. Au sujet de ces masques, M. VOLTZ dira que « ce sont exactement les mêmes tendances que l’on rencontre chez les Gurunsi … c’est aux masques Nuna que les masques kademba ressemblent le plus… ». C’est à juste titre que O. NAO, dans le regroupement des masques à lame par affinité de représentations des formes, fait de ceux des Nuna et des Bwa, des éléments d’un même ensemble stylistique. Quant aux masques Dako, ils présentent des affinités formelles avec les masques Bobo. Ces objets se caractérisent par une proportion importante de têtes anthropomorphes, une utilisation de la taille dite en ronde-bosse (créant les masques-heaumes), une importance des traits figuratifs mélangés aux tracés géométriques, ou employés seuls et par une dimension réduite de la lame.

-Les masques « gurunsi ».

Des chercheurs identifient au sein des « Gurunsi » quatre groupes détenteurs de masques : Nuna, Nunuma, Léla et Winiéma. Nunuma et Léla étant des Nuna, nous les reprenons en disant qu’ à l’intérieur de cet ensemble, Nuna et Winiéma utilisent des masques. La parenté stylistique de ces masques est très étroite. Selon M. VOLTZ, qu’il s’agisse d’un masque simple ou d’un masque à lame, le visage d’un masque « gurunsi » est toujours zoomorphe. « Nous n’avons rencontré dit-il aucun masque à authenticité non douteuse qui n’ait pas une tête zoomorphe » . Il est strictement interdit de porter un masque anthropomorphe comme chez les Moosé, les Bwa et les Marka leurs voisins. Même les lames des masques complexes sont elles aussi zoomorphes. Les masques sont zoomorphes et représentent le calao, le crocodile, l’hyène, le serpent, la chauvesouris, le lion, etc. Selon O. NAO, 50 à 60% des masques nuna et winiéma sont des masques simples zoomorphes. Seule la forme des cornes permet de différencier les animaux. Nous avons à cet effet les masques antilope et buffle Certains animaux ne ressemblent à aucun animal reconnaissable. Des masques Winiéma surmontés d’une ou deux cornes plates illustrent ces formes. Les masques à lame représentent 40 à 50% des masques nuna, tandis qu’ils sont de 30 à 40% pour les Winiéma. Les lames présentent des formes et des dimensions variables. Il y en a de forme rectangulaire, certains sont des prolongements des formes sculptées. Les lames portent des crochets, parfois sur les deux faces, ainsi que des motifs géométriques gravés en bas-relief dont l’agencement est assez complexe. Le rythme de la planche est parfois brisé. De nombreux masques sont parfoissurmontés d’une grande statue. Ces masques ont des yeux en cercles concentriques.

 

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